Voici un court extrait :
Or, ici, au Québec comme dans tout l’Occident, l’horizon fondateur qui exerce pour nous l’action formatrice équivalente des principes bouddhistes pour les Japonais, c’est le christianisme. C’est par projection dans un « ciel » bouddhiste que nombre de Japonais trouvent la capacité de demeurer dignes et silencieux dans l’épreuve ou de faire preuve d’héroïsme pour éviter une conflagration nucléaire. C’est dans ce ciel bouddhiste que tant de manifestations distinctitves de la culture japonaise trouvent leur ancrage et leur justification : la poursuite acharnée de la perfection, le sens de l’honneur, le culte de la force intérieure. Enlevez ce ciel bouddhiste, et lentement, inexorablement, toutes ces superbes valeurs vont se décomposer et s’écrouler.
Au Québec, comme dans tout l’Occident, nous avons effacé le « ciel chrétien », ce qui entraîne la manifestation de tant de phénomènes que nous pouvons déplorer : l’enlisement dans la gratification instantanée, la suprématie des plaisirs du corps, la perte du sens de l’effort et du goût de la perfection, le contentement dans l’approximatif et le flou et, bien sûr, le décrochage scolaire. Le déicide perpétré lentement et implacablement au cours des deux derniers siècles a mis en branle une longue chute de dominos en cascade. Dieu et l’appel qu’il exerçait sur l’âme individuelle justifiait que l’individu sacrifie son plaisir immédiat et fasse un effort de développement personnel pour contribuer à la communauté humaine. Comme dans un tableau où le point de fuite géométrique contribue à ordonner tous les éléments de la composition, Dieu et les valeurs chrétiennes constituaient le point de fuite infini par lequel s’ordonnaient et prenaient sens dans notre culture tous les gestes, du plus insignifiant au plus héroïque. Ainsi prenaient sens autant le fait de ne pas médire de son prochain que le don de soi désintéressé à l’endroit des démunis, autant l’effort obscur et humble de faire une dictée d’orthographe parfaite que la réalisation d’un chef d’œuvre littéraire.
Le laïcisme prédominant va objecter qu’on n’a pas besoin de Dieu et de toutes les superstitions qui s’y rattachent pour que les membres de la société prêtent valeur à l’effort et au sacrifice de la gratification immédiate pour un plus grand bien. Certes, pour nombre d’individus qui ont un instinct spirituel inné et pas nécessairement articulé, l’affirmation des laïcistes peut se vérifier. Mais il en va différemment pour l’horizon des idées et des attitudes qui constituent une culture et une civilisation. Il faut un fondement métaphysique infusé de notions d’infini, d’éternité, de Dieu, de beauté, de vérité et d’amour pour que les individus trouvent un terreau fertile où enraciner et déployer leur action. Les laïcistes veulent nous faire croire que nos racines sont dans la matière, que nous sommes issus par une série de sélections naturelles du monde de la brutalité animale et que nous ne nous en distinguons que très peu. Pour ma part, je dis que nos racines sont au ciel.
Et puisque nous avons saccagé le ciel chrétien qui est notre héritage propre, nous manquons la force intérieure qui permettrait aux membres les plus jeunes de nos sociétés de s’élever au-dessus des pulsions les plus primaires de la bête : la poursuite de la gratification immédiate. Car enlevez à l’homme l’éternité, que lui reste-t-il sinon l’immédiateté la plus aveugle? Enlevez lui le message infiniment porteur des Évangiles et il ne lui reste plus que le divertissement indéfiniment répété de son iPod. http://les7duquebec.wordpress.com/2011/03/20/le-laicisme-nouvelle-religion-5/
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